Un patrimoine enraciné dans le terroir
Cette approche tente une introduction au patrimoine culturel d'une Région bordée par l'Algérie, à l'Est, la Méditerranée au Nord, et qui s'étend aux confins du désert, au Sud, jusqu'à Figuig, l'oasis la plus proche de l'Europe. Un espace deux fois plus vaste que certains états européens (la Belgique ou les Pays-Bas). Un milieu écologique comprenant trois ensembles géographiques, allant du Rif Oriental que borde la Moulouya – seule véritable rivière pérenne - aux montagnes et plaines méditerranéennes du Nord, aux hauts plateaux steppiques de la meseta algéro-marocaine où se termine le Haut Atlas oriental.
Un milieu naturel relativement rude, qui sans aller jusqu'au déterminisme, a nécessairement eu son importance, conjuguée aux données de l'histoire, pour intervenir dans le façonnement de nombreux traits de la culture de l'Oriental et dans l'art de vivre de ses différentes composantes « sous-régionales ».
Cette nature et ce cours du temps ont façonné un élément humain à la réputation (à tort ou à raison) d'être entier, presque bourru, franc, solide en amitié et sachant accorder sa valeur au travail sans oublier sa célébration des moments privilégiés de la vie à travers son art de vivre, le paraître de ses femmes et de ses hommes, son art culinaire, ses musiques et ses danses…
Un artisanat à revaloriser
L'artisanat de l'Oriental est, à l'instar du reste du Maroc, et à des degrés plus ou moins importants, un artisanat «utilitaire» qui continue à produire des objets mobiliers, des outils quotidiens et des ustensiles domestiques ou destinés travail agricole, des vêtements et du tissage…Il reste encore vivace, même si certains métiers et certaines productions se sont éteints à cause de la production industrielle et de la concurrence du plastique. On veut parler ici de la dinanderie qui n'est plus produite à Oujda mais provient de Fès ou Marrakech, ou encore du métier de tonnelier qui fabriquait des fûts et des tonneaux en bois ( bramliya) qui a complètement disparu avec l'invasion du plastique. De même, la production de certains objets de poterie utilitaire s'est davantage convertie vers la vaisselle et l'objet décoratif, étant entendu que la poterie domestique continue à être l'apanage des femmes dans les campagnes.
Le tissage et le travail de la laine restent vivaces, grâce à ces vastes étendues steppiques qui supportent un élevage de mouton prisé aussi bien pour la qualité de sa viande que pour sa laine qui permet aux « derraza » (tisserands, citadins le plus souvent) de continuer à produire des couvertures (bourabah) à la qualité certaine du fait de l'ancienneté de la tradition de son travail .Ce tissage permet encore aux femmes (souvent dans le cadre de coopératives et d'AGRD) aussi bien dans les campagnes que dans les villes, de produire des vêtements (jellaba, burnous..) , ainsi que des tapis (zarbiya et hanbal) et des lhaf (matelas en tissus satinés aux couleurs unies vives, relativement minces, fourrés de laine) très prisés dans l'ameublement domestique moderne.
Parmi les particularités de l'Oriental, on se doit de signaler le travail de la vannerie polychrome qui utilise l'alfa (matière première spécifique à l'Oriental et à ses espaces steppiques) pour produire de belles midouna, tbaq (corbeilles plates, souples à rebords courts et évasés pour préparer la semoule du couscous - taam ou du berkoukech-mhamsa) et autres ustensiles des campagnes de l'Oriental. Dans certaines parties de la Région, ces grains de semoule pour le couscous ou pour le berloukech sont préparés (avant la cuisson) et servis (après cuisson) dans de grands plats en bois-gassaa.
























